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2 P-A. Ou rien ?

| France | Défense | Jean Cuny |

A un moment où d’âpres discussions ont eu lieu sur le budget militaire de la France, voyons ce qu’il en est dans le domaine des porte-avions. Alors que notre unique P-A, le Charles-de-Gaulle est en ATM (Arrêt Technique Majeur). L’actualisation de la LPM 2014-2019 ne prévoit pas la construction d’un second P-A, ce qui serait pourtant bien nécessaire puisque le Charles-de-Gaulle va être indisponible jusqu’à la mi-2018. Revenons d’abord sur l’histoire de notre unique P-A avant d’évoquer ce qui devrait être fait.

| I Les tribulations du Charles-de-Gaulle

Dés le départ, le lobby des arsenaux a voulu garder la main sur la construction du nouveau P-A et la longueur du navire a été limitée à 261,50 m par celle de la cale sèche de l’Arsenal de Brest.Cette contrainte a conduit à trouver des solutions techniques complexes pour accroître la superficie du pont d’envol de près de 50% (12.000 m² au lieu de 8.800 m² pour le Foch et le Clémenceau) et pour stabiliser l’ensemble de la plate-forme grâce à une technique spécifique. Malgré ces évolutions, la longueur du pont ne permet pas l’appontage et le catapultage simultanés et, inconvénient moindre, la longueur des catapultes (…américaines) équipant le Charles-de-Gaulle a dû être réduite de 90 à 75 mètres, provoquant des accélérations plus fortes et donc une plus grande fatigue de la structure des avions.

La quille a été posée le 24 octobre 1987, le lancement réalisé le 7 mai 1994, le navire armé le 28 septembre 2000 et la mise en service officielle le 18 mai2001.

Comparons le à l’USS Ronald Reagan (CVN-76), mis en service en juillet 2003, la quille ayant été posée en février 1998. 333 m, 88.000 t, puissance 260.000 ch, vitesse 30 nœuds, 77 avions, maxi 90, effectifs marins 3200, effectifs aérien 2.480.

Charles-de-Gaulle 261,50 m, 42 500 t, puissance 83 000 ch, vitesse 27 nœuds, 28 à 40 aéronefs, équipage 1950, dont groupe aérien 700.

Nous remarquons que le P-A américain a été construit beaucoup plus vite, ce qui est logique puisqu’il fait partie de la classe Nimitz, même s’il est le premier de la sous classe Reagan. Mais 14 ans pour le P-A français, cela paraît bien long. Il faut garder à l’esprit que c’était un nouveau type de bâtiment. Il faut comparer cette durée à celle du nouveau type de P-A américain : le CVN-78 Gérald R. Ford, les travaux préliminaires ont débuté en 2005, la quille a été posée en 2009, le lancement s’est effectué en 2013, la réception en mai 2017 et il ne sera pas véritablement prêt avant 2020.

Par rapport aux P-A américains, le navire français est beaucoup plus économe en moyens humains, un aspect des choses qui n’a pas échappé aux Américains puisque sur leurs nouveaux P-A, l’équipage doit être réduit de 18%.

Depuis le début de sa carrière, le P-A français a connu un certain nombre de problèmes : le plus important est survenu dans la nuit du 9 au 10 novembre 2000 avec le bris d’une pale de l’hélice bâbord, les hélices de remplacement comportant le même défaut de structure, on a dû utiliser 2 hélices du Foch et du Clémenceau puis fin mai 2008 les remplacer par 2 hélices Rolls-Royce Naval Marine fabriquées aux… États-Unis, autre problème, le revêtement de piste s’est révélé trop abrasif pour les câbles de frein des brins d’arrêt, on a mis au point une nouvelle peinture . L’apparition de vibrations en zone arrière a été résolue par un léger déplacement des safrans. Dernier problème apparu en mars 2009 : une usure prématurée sur une ligne d’arbre, il est apparu que la durée de vie prévue à 100.000 heures est en fait de 20.000 heures du fait des performances demandées en couple et en vitesse.

| II Un second Charles-de-Gaulle ?

Si la décisions avait été prise au début des années 1990, on aurait pu répondre oui. Mais aujourd’hui, c’est un projet totalement nouveau qu’il convient de mettre en place, étant entendu que dès le départ on doit provisionner la construction des deux P-A.

Les Britanniques ont lancé la classe Queen Elizabeth dont le bâtiment éponyme a été livré en 2017, la première tôle avait été découpée en juillet 2009, celle de son sister ship le Prince of Wales le fut en mai 2011. Mais le ralentissement de la construction pour cause d’économie, une construction répartie en 6 chantiers pour sauvegarder des emplois, les atermoiements sur le choix du chasseur embarqué ont fait grimper la note de 5,1 milliards d’euros à plus de 7,8 milliards d’euros.

Il faut se souvenir qu’en 2006 un accord de coopération avait été signé entre la France et le Royaume Uni pour adapter le design britannique aux besoins français et dès le mois de décembre de la même année les industriels français remettaient au gouvernement une offre commerciale sur la base d’un bâtiment de 283 mètres de long et 74 000 tonnes en charge, capable d’embarquer 32 Rafale Marine, 3 avions de guet aérien Hawkeye et 5 hélicoptères NH-90 pour la somme de 3 milliards d’euros environ, le ministère de la Défense souhaitait voir le prix ramené à 2,5 milliards d’euros, façon élégante d’enterrer le projet.

Cette coopération avait eu un coût : 287 millions d’euros dont plus de 100 millions pour l’acquisition des études réalisées par les Britanniques !

Le nouveau projet de P-A pourrait se fonder sur cette offre toutefois le nombre de Rafale embarqués ne présente pas une évolution significative par rapport au Charles-de-Gaulle, un effort devrait être fait en la matière.

Concernant la propulsion le recours au nucléaire paraît s’imposer, mais il faudra développer un nouveau réacteur, pour le Charles-de-Gaulle on a eu recours à deux réacteurs K-15 les mêmes qui équipent nos sous-marins, mais en puissance on est un peu limite, il faudra donc développer un nouveau type de réacteur, en surdimensionnant la puissance dans la mesure les systèmes électroniques sont très gourmands en énergie.

Cela sans même évoquer les catapultes électro-magnétiques avec lesquelles les Américains connaissent de gros problèmes de mise au point (10% d’échecs)

Remarquons que pour leur nouvelle classe de P-A, les Américains ont développé de nouveaux réacteurs qui développent 2,5 fois plus de puissance électrique effective par rapport à ceux embarqués sur les bâtiments de la classe Nimitz.

Le recours au nucléaire présente des avantages, en terme de rayon d’action bien sûr, d’autre part sa compacité permet d’embarquer plus de ravitaillement : sur l’actuel P-A français 3.400 tonnes de carburant aviation et 550 tonnes de munitions. Un inconvénient, ces munitions doivent être « muratisées » (Munition à Risque Atténué ou « munition qui satisfait aux conditions exigées en matière de performances, de disponibilité et de mise en œuvre, mais pour laquelle on a réduit au minimum la probabilité d’une initiation intempestive ainsi que la violence de la réaction et les dommages collatéraux qui en résulteraient lorsqu’elle est soumise à des sollicitations accidentelles ». DGA) ce qui les rend beaucoup plus coûteuses que les mêmes munitions utilisées par l’armée de l’Air.

Les nouveaux P-A devraient être en mesure de mettre en œuvre des drones, il pourrait être intéressant de disposer de drones équipés de détecteurs d’anomalie magnétique pour la lutte anti-sous marine.

La construction de deux P-A représente évidemment un investissement important, toutefois en confiant les gros œuvre au chantier STX, on réaliserait des économies substantielles. D’autre part, la programmation devrait être tenue tant en ce qui concerne les P-A eux mêmes que leur groupe aérien pour éviter toute dérive des coûts.

La France en a les moyens, elle qui dépense chaque année plusieurs milliards d’euros pour les clandestins, c’est juste une question de choix.

 

A Propos Jean Cuny

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