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Le Leader nord-coréeen, Kim Jong-un

Du Coucou-fais-moi-peur à la guerre pour de vrai ?

| 2ème Guerre de Corée | Questions à Jacques Borde |

« Seuls les morts ont vu la fin de la guerre », nous dit Platon. De toute évidence, celle qui pourrait avoir lieu entre, d’un côté, Kim Jong-un & de l’autre, Donald J. Trump, si elle éclate (ce qui n’est, rassurons les inquiets, pas gravé dans le marbre),serait à la fois sanglante mais limitée, je le crois, dans le temps. Pourquoi ? Il est évident que ces perspectives guerrières ne sont que des scenarii possibles entre les parties. Tant Trump que Kim Jong-un connaissant, au-delà de leurs prises de bec, les limites de leurs discours réciproques.

Première donnée, selon un rapport du Center for Strategic & International Studies1 adressé au US Department of Defense, la Chosŏn Inmin’gun2 – entre autres termes, les forces armées que le dirigeant de la Chosŏn Minjujuŭi Inmin Konghwaguk3, Kim Jong-un, a sous le coude – alignait il y a deux ans 1.020.000 soldats (+ 7.700.000 réservistes). Contre les États-Unis qui n’en comptaient que 539.450 (+ 539.750 réservistes). À titre de comparaison, la France aligne 208.000 personnels pour 27.680 réservistes. Ce qui, petite remarque en passant, suffit largement pour juguler un ennemi intérieur qui se risquerait à prendre les armes…

Mais, revenons à la Péninsule coréenne ! De manière très théorique, la RPDC dispose de la 4ème armée du monde en nombre de soldats. Bigre ! Cela ne vous rappelle rien ? Mais si la même 4ème armée du monde dont disposait le si vilain Saddam Hussein. Alors sachons raison garder. Comme l’a dit, et répété, le US Secretary of Defense, le général (Ret) James Mad Dog Mattis4, la guerre avec « la Corée du Nord serait une catastrophe » et la diplomatie reste la meilleure voie à suivre pour résoudre la crise actuelle.

Ceci posé et, pour de vrai, la Corée du Nord disposerait également de 4.200 chars d’assaut, 2.200 véhicules blindés, 740 navires de combat, 70 sous-marins, 820 avions et 170 hélicoptères de combat. À cela, il faut ajouter les missiles balistiques et la bombe thermonucléaire, de type bombe H.

Mais ne nous leurrons pas, la confrontation première entre Pyongyang et Washington passera par des frappes aéroportées.

Certaines sources nous parlant déjà de raids préventifs de Northrop B-2 Spirit. Destinés à détruire les sites de missiles IRBM (pour peu qu’ils soient tous localisables, ce qui est une toute autre question) nord-coréens par des frappes, rassurons les lecteurs, non-nucléaires. À noter la fort expertise du B-2 Spirit à conduire à bien ce type de missions. Comme il l’a fait en Serbie, durant la Guerre du Kosovo en 1999, puis lors des guerres d’Afghanistan (2001), d’Irak (2003), ainsi qu’en Libye (2011).

Rappelons que les scenarii de guerre avec la Corée du nord, sont monnaie courante pour les généraux et amiraux du Pentagone. S’il y a des gens qui ont appris et révisé leurs leçons sur le sujet, ce sont bien eux. Sans parler des militaires sud-coréens qui ne sont pas manchots…

Si clash il y a, les premiers à assurer le choc devraient être les pilotes de la Chosŏn Inmin’gun Konggun (KPAAF, la People’s Army Air Force). À moins que…

En fait, les Nord-Coréens en matière de Défense aérienne ont un parc assez varié. Mais en dehors de leur petite quarantaine, de MiG-29A Fulcrum, et sans doute quelques MiG-29S, ils sont totalement surclassés.

Dans la réalité, et très concrètement, il y a pour les équipages de B2 nettement plus de chances de croiser le traîneau du Père Noël que des MiG-29S de la KPAAF. En effet, si les B-2 Spirit allaient faire leur petit show du côté du pays du matin calme, la partie se jouera à l’aide de leurs missiles de croisière AGM-158 JASSM, tous tirés à distance de sécurité.

Pour peu que le conflit s’éternise, une petite surprise pourrait venir des 106 Shenyang F-55 en parfait état de vol. Appareils théoriquement dépassés mais redoutables en combat tournoyant.

Mais la vraie capacité de nuisance de la RPDC reste dans sa continuité territoriale avec la Corée du Sud. La région militaire de Séoul étant à portée de tir de l’essentiel du parc d’engins sol/sol nord-coréens, qui à partir du Hwasong-36 de 100 km de portée ou du Hwasong-117 (120,-130 km de portée), les Nords-Coréens disposent de ce fait d’importantes capacités de saturation pour ouvrir la route à une blitzkrieg terrestre, nécessairement extrêmement coûteuse en hommes, mais à la limite réalisable.

Sans parler des missiles de croisière SRBM Kumsong-118.

À rappeler que géostratégiquement, c’est Pusan plus au sud qui est le nœud central de la Défense sud-coréenne, comptant notamment trois des plus importantes facilités militaires du pays :

  • Pusan East (K-9) Air Base ;
  • Gimhae Air Base et
  • Busan Naval Base.

Héritières de ce Périmètre de Pusan qui permit aux renforts militaires de l’ONU, (principalement des États-Unis) de débarquer massivement, et de partir à la reconquête de la péninsule.

Dès lors, les militaires nord-coréens savent eux aussi lire une carte, Pyongyang a-t-il intérêt à privilégier la via foedi avec Washington ?

A priori, non. Car dans le combat des chefs qui oppose le président Kim Jong-un, à son homologue US, Donald J. Trump, le premier à tout à perdre dans cette confrontation et le second, in fine, assez peu.

En effet, résoudre le différent États-Unis/RPDC par la via factis ne présente que peu de risques pour Washington. Au bout du compte, les Américains devraient s’en sortir avec des pertes raisonnables et le locataire de la Maison-Blanche s’en tirer comme ses prédécesseurs lors de guerres qu’ils ont conduits : en gardant son job.

En revanche, ce que risque Kim Jong-un, c’est d’y perdre le pouvoir et sa tête.

Observons pour nous en convaincre la structure de commandement nord-coréenne. Nous sommes en présence d’une hydre à 7 têtes, soit :

1- la Commission des affaires de l’État ;
2- le Ministère de la Défense nationale (MDN),
3- le Comité des Affaires militaires du Parti des travailleurs nord-coréens (CAMPTNC) ;
4- le Département de la Défense civile (DDC) ;
5- le Département des Affaires militaires (DAM) ;
6- le Ministère des Forces armées populaires (MFAP) ;
7- le Bureau Politique général de l’État-major général (BPG–EMG) ;

L’EMG est sous la juridiction du MFAP, la plus haute institution militaire nord-coréenne. Tout comme le Comité militaire, l’EMG et le MFAP tombent sous le commandement direct de Kim Jong-un. En effet, celui-ci est le commandant suprême des Forces armées populaires (FAP) en tant que président de la Commission des Affaires de l’État, et est le commandant en chef de tous les organes tombant sous la juridiction du Comité militaire car il en est également le président.

Vous connaissez, je suppose, la phrase de John Fitzgerald Kennedy : « La victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline »9.

Qui croyez-vous, sautera à Pyongyang, si la Corée du Nord choisit un sentier de la guerre ne conduisant qu’à la défaite ?

Notes

1 The Changing Military Balance in the Koreas & Northeast Asia (25 mars 2015), Anthony H. Cordesman & Aaron Linn, aidé par Scott Modell, Michael Peacock, & Steve Colley.
2 Pour Armée populaire de Corée (APC).
3 Ou République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord).
4 Contrairement aux fantasmes colportés par les Démocrates et leurs relais divers et variés, Mattis est considéré comme un intellectuel par ses pairs, notamment en raison de sa bibliothèque personnelle comptant plus de 7.000 volumes. Il a toujours avec lui, lors de ses déploiements, un exemplaire des Pensées pour moi-même de Marc Aurèle. Le major-général Robert H. Scales le décrit comme « … l’ un des hommes les plus courtois et polis que je connaisse ».
5 Version chinoise du MiG-17 Fresco.
6 Version optimisée du 9K52 Luna-M (plus connu du grand public sous son appellation OTAN FROG-7).
7 Ou KN-02 Toksa (vipère , version optimisée du OTR-21 Tochka russe).
8 Version du Zvezda Kh-35U (étoile, code OTAN AS-20 Kayak).
9 Extrait de sa Conférence de presse du 21 avril 1961.

 

A Propos Jacques Borde

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