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À Gaza le torchon brûle ! Mais pas tant que ça !…

| Guerre Vs DA’ECH | Questions à Jacques Borde |

À coté d’un brûlot syrien au feu entretenu par une énième provocation au chlore des proxies des ennemis de Damas, que se passe-t-il à Gaza ? Assurément, la tension a monté d’un cran entre le HAMAS & Jérusalem. Mais, semble-t-il dans une intensité assez bien contrôlée des deux cotés. Toujours terroriste (vu d’Israël), le HAMAS est, au moment où sont couchées ces lignes, resté l’arme au pied, quant à son arsenal de missiles sol/sol, évitant de franchir la ligne rouge qui prévaut dans les hautes sphères de Tsahal. Une forme plus adulte de son grand jeu vis-à-vis de la première puissance militaire du Proche-Orient qu’est l’État hébreu ? Qui sait !…

| Q. Que s’est-il passé à Gaza ? La France parle de tirs indiscriminés face aux manifestants du HAMAS ?

Jacques Borde. (Soupir). D’avance, soyons clair, je n’aborderai le sujet que du point de vue de ses implications polémologiques.

Apparemment, au Quai d’Orsay, on a du mal à s’y retrouver dans les infos que laisse filtrer les Israéliens. Condamner les « tirs indiscriminés » de Tsahal « en direction des manifestants de Gaza » et appeler à la « plus grande retenue » dans l’usage de la force, même si cela entre bien dans la doxa de la diplomatie française sur la question israélo-palestinienne, est une distorsion évidente de la réalité.

| Q. Que voulez-vous dire par là ?

Jacques Borde. Que beaucoup des victimes de ces tirs israéliens :

Primo, sont le fait de snipers.

Secundo, sont des activistes des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam (Brigades Ezzedine Al-Qassam)1, soit la branche armée du Harakat al-Muqâwama al-‘islâmiya (HAMAS)2.

Les media israéliens s’offrant même le luxe de rendre publics les noms, grades et profils (avec photos, svp) des membres des Katā’ib tombés sous leurs balles. Ce qui, compte tenu du corpus juridique militaire israélien, signifie que la Ha’Tzentura Ha’Tzvai3 a évidemment donné son aval à ces sorties dans les media. Quitte à en être à l’origine.

Le ratio extrêmement élevé de ces pertes ainsi infligées aux Katā’ib doit être analysé comme :

1- ce qu’il est : un recours par les tireurs d’élite de Tsahal à une forme de Sikul memukad4, visant en tir posté (sniping) des cibles parfaitement identifiées.
2- et non ce qu’il n’est pas : des tirs indiscriminés. Les tirs, de snipers se font dans le cadre des règles d’engagement en usage, ils ne sont donc pas indiscriminés. Sont-ils justifiés ? C’est un autre débat…

Quant aux snipers israéliens, ils opèrent, non pas au hasard, mais en fonction de renseignements collectés en amont par leurs différents SR. Ce avec une Boucle OODA5 (une des grandes spécialités des Israéliens, soit dit en passant) réduite au minimum et impliquant des drones.

| Q. Que faut-il faire ?

Jacques Borde. Cela dépend de l’interlocuteur.

Primo, concernant le Quai d’Orsay, il doit cesser de se payer de mots et de dire n’importe quoi. Ce qui se passe actuellement sur le front de Gaza est tout ce qu’on voudra sauf un manque de retenue mais une phase bien précise de la guerre qui oppose Tsahal au HAMAS. À propos, quelle retenue nos diplomates émérites comptent-ils exiger du sémillant Mohamed MBS Ibn-Salmān Āl-Séʻūd, à qui notre patrie des droits de l’Homme déroule le tapis rouge en dépit de sa via factis au Yémen et à sa litanie d’horreurs ?

Secundo, le HAMAS, s’il veut endiguer l’hémorragie des combattants de ses Katā’ib face à un ennemi qui sait parfaitement qui il a en face de lui et ne s’arrêtera pas, doit reconnaître l’erreur de sa campagne actuelle et cesser d’exposer inutilement les éléments de ses Katā’ib Izz al-Din al-Qassam au feu adverse. Sans parler de sa population civile.

En cette affaire, le HAMAS a perdu cette bataille-là. Plus vite il le reconnaîtra mieux ce sera pour lui.

| Q. Mais la plupart des hommes du HAMAS abattus étaient désarmés ?

Jacques Borde. Oui. Mais l’affrontement entre ennemis n’implique en rien la parité des moyens et des méthodes. Un exemple : lorsque les armées de l’air occidentales tirent en BVR6 des engins air/sol sur des positions ou des 4×4 d’Al-Dawla al-Islāmiyya fi al-Irāq wa al-Chām (ISIS/DA’ECH)7 et autres, cela n’a jamais impliqué que leurs cibles soient elles-mêmes prêtes ou même aptes à se défendre. À moins qu’on m’explique comment un Takfirî armé, au mieux d’un RPG, a des chances d’atteindre un appareil volant à haute altitude.

Je vous rappelle également que les Volontaires de l’IRA tués à Gibraltar par les SAS britanniques8 étaient totalement désarmés. La guerre en dentelles ça n’existe pas…

| Q. Mais nombre de tirs par balles ont fait des victimes, morts et blessés ?

Jacques Borde. Oui. Mais où est la nouveauté entre ces deux-là ? Il faut faire la différence entre :

1- les tirs de snipers qui sont, à n’en pas douter, des tirs pour tuer visant à l’élimination des combattants ennemis. Là, les armes sont des M14, des Galil Sniper en calibre 7,62×51, des DAN Bolt Action Sniper Rifle chambrés en .3389. Je pense qu’à ce stade le nouveau Tavor chambré en 7,62×51 n’est pas encore en dotation opérationnelle.
2- les tirs à balles réelles, mais avec des munitions à portée et à létalité réduites, qui sont une constante, par ailleurs parfaitement connue due HAMAS, dans l’appareil sécuritaire israélien qui privilégie l’emploi de ces munitions dans les fusils d’assaut M4, Tavor et X95, tous en calibre 5,56×45, qui sont les armes standards de la troupe. L’idée est d’éviter la multiplication des armes et des calibres et de permettre d’engager des cibles non strictement militaires dans des confrontations limitées qui ne concernent pas des combattants disposant d’armes de guerre.

C’est du maintien de l’ordre extrêmement dur. Sans commune mesure à celui que nous connaissons dans nos pays européens mais en-deçà de celui en vigueur dans la plupart des pays émergents. Mais ça reste bel et bien du maintien de l’ordre. Et, en cas de montée en gamme de l’autre côté, il suffit, alors, de passer à des munitions de guerre proprement dites…

| Q. Mais pas sans faire de morts ?

Jacques Borde. Disons que le risque d’en faire est moindre et que les munitions tombent (sic) plus vite. L’idée est de faire surtout des blessés. Mais à courte distance, l’effet est le même. Là, les chiffres avancées par les structures médicales du HAMAS parlent de 16 morts par balles pour moins de 800 blessés.

| Q. Comment Tsahal justifie-t-il le recours à des snipers face à des manifestants ?

Jacques Borde. Avant les manifestations, le haut commandement a déployé plus de 100 snipers à la frontière de Gaza en leur donnant la permission d’ouvrir le feu « si des vies sont en danger ». À ce stade, c’est à peu près tout ce qu’on sait sur le sujet.

De son côté, L’ONG israélienne (de gauche) B’Tselem a tenté de faire passer l’idée, sans guère de succès, que l’utilisation de balles réelles10 était illégale sous les termes de la loi israélienne et contrevenait à la section 110 du Code pénal.

| Q. Mais pourquoi des snipers ?

Jacques Borde. Je ne suis pas dans la tête de ceux qui ont pris cette décision. Mais le tireur posté doté d’un fusil de sniping en 7,62×51 est par nature beaucoup plus précis. Une fois repéré par le spotter qui, dans la plupart des cas, double le tireur proprement dit, l’élément des Katā’ib Izz al-Din al-Qassam a peu de chances d’en sortir. À la guerre, on tue ses ennemis. C’est comme ça depuis Qadesh, les Champs catalauniques, etc. !

Par ailleurs, depuis la 2ème Intifada, il est fréquent, du côté du HAMAS, de mêler aux manifestants lambda des hommes armés (AK-47, AKM, etc.). La présence de snipers permet de les traiter plus efficacement. Là, même si je n’ai pas d’informations précises à ce sujet, nous serions dans le cas opposé de la thèse invoquée par le Quai d’Orsay : des tirs parfaitement discriminés visant des cibles précises.

| Q. Au plan international, comment les Israéliens expliquent-ils ce qu’il faut bien considérer comme une ligne dure ?

Jacques Borde. Je dirais qu’à Jérusalem, on fait plutôt dans le minimum syndical.

S’exprimant sur la radio publique, le ministre israélien de la Défense, Avigdor Yvet Lieberman11, a estimé qu’« Il faut comprendre qu’il n’y a pas d’innocents à Gaza. Tout le monde est affilié au HAMAS, ils sont tous payés par le HAMAS, et tous les militants qui tentent de nous défier et de franchir la frontière sont des agents de sa branche militaire ».

Les Katā’ib Izz al-Din al-Qassam donc.

| Q. La tension baisse, semble-t-il ?

Jacques Borde. Oui, on dirait. À Gaza, le ministère de la Santé, a fait état d’un total de 16 tués et de plus de 1.400 blessés, dont 758 par balles réelles. Ce qui, je vous le redit, fait partie des procédures d’engagement. Les autres ont été blessés par des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène.

À noter un bilan inférieur à celui du premier épisode de ce mouvement de protestation, vendredi dernier. Avec un nombre moins important de participants : 20.000 contre 30.000 il y a une semaine. Il y a eu beaucoup moins de familles. En réaction, la Haute représentante de l’UE pour les Affaires étrangères & la politique de sécurité, Federica Mogherini, a appelé samedi à une « enquête indépendante » sur l’usage de munitions réelles par l’armée israélienne. Ce que Jérusalem ne lui accordera évidemment pas. Mais, là, nous sommes dans le jeu de rôle entre l’UE et l’État hébreu.

| Q. Une situation explosive ?

Jacques Borde. Non, justement. Le HAMAS ne cherche pas à provoquer une guerre ouverte contre Israël. Si tel était le cas, les Katā’ib auraient commencé à tirer des roquettes sur Israël. À contrario, le HAMAS s’est jusqu’à présent retenu de le faire. Par ailleurs, son état-major a dû comprendre le peu d’intérêt à perdre autant de combattants avec aussi peu de résultats à la clé.

Comme pour une grève, il faut savoir terminer un conflit. Surtout lorsque les meilleurs cartes ne sont pas dans votre jeu.

| Q. autre situation explosive, quid d’une frappe coalisée en riposte à l’usage présumée de chlore par Damas ?

Jacques Borde. Ni l’un, ni l’autre, semble-t-il.

Selon des sources russes, le 9 avril 2018 entre 03h25 et 03h53 heure de Syrie (02h25 heure de Paris), deux F-15 de l’ Heyl Ha’Avir Ve’Hahalal12, sans pénétrer dans l’espace aérien syrien, auraient tiré huit missiles air/sol sur « l’aérodrome de Tiyas depuis le territoire libanais ». La défense antiaérienne syrienne aurait alors « détruit cinq missiles téléguidés au cours d’une bataille dans l’air », dixit le communiqué de la Défense russe.

Là encore, si l’information se vérifiait, nous sommes dans la praxis habituelle de Jérusalem vis-à-vis de la Syrie : frapper des cibles précises à un moment jugé opportun par l’état-major.

De leur côté, Washington et Paris on nié toutes implications dans l’attaque…

Notes

1 Anciennement Al-Moujahidoun al-Philistiniyoun, les Combattants palestiniens.
2 Mouvement de résistance islamique, l’acronyme signifie également zèle en arabe.
3 Censure militaire israélienne.
4 La Prévention ciblée israélienne. La plupart du temps traduit par éliminations ciblées. Est la pratique de liquidation des ennemis d’Israël, par le service-action du MOSSAD, le Kidon.
5 Pour Observation-orientation-décision-action. Appelée aussi Cycle de Boyd.
6 Beyond visual range. En français : hors de portée visuelle.
7 Ou ÉIIL pour Émirat islamique en Irak & au Levant.
8 Operation Flavius. Trois membres de la Provisional Irish Republican Army (IRA), Seán Savage, Daniel McCann et Mairéad Farrell abattus le 6 mars 1988.
9 Figure en bonne place dans le catalogue IWI. L’auteur n’a pas eu le temps de vérifier si l’arme était en dotation opérationnelle sur le front de Gaza.
10 Terme qui ne veut pas dire grand-chose en soi.
11 Pas si bourrin (sic) que le dépeignent ses détracteurs, parle quatre langues : l’hébreu, le russe, le roumain et l’anglais et est, depuis 1999, rédacteur en chef de la revue Yoman Yisraeli.
12 Armée de l’air israélienne, anciennement dénommée Sherut’Avir.

 

A Propos Jacques Borde

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